Critique de livre – J’étais un chef de gang, de Lamence Madzou

J’étais un chef de gang : Suivi de Voyage dans le monde des bandes
Auteur : Lamence Madzou (1972-)
Sujet : Récit autobiographique d’un ancien chef de bandes
Nombre de pages : 245 pages (Editeur : La Decouverte )
Année : 2008
Incipit
L’appartement si petit / Et là dehors le gouffre de la cité / Avec ses bruits, ses odeurs, ses trésors, ses poisons / Sa vie qui grouille
Je suis né à Brazzaville en 1972. Je suis arrivé en France en 1977, à l’age de cinq ans, pour rejoindre mon père.
L’histoire
J’étais un chef de gang, est le récit autobiographique de Lamence Madzou, jeune de la cité Montconseil à Corbeil dans les années 90. On y suit un bout de sa vie : de son enfance jusqu’à aujourd’hui. Notamment son ascension en tant que leader des « Fight Boys », les guerres de bandes, ses bizness ou son expulsion au Congo durant la guerre.
Quatrième de couverture
Un soir de juillet 1987 à Corbeil-Essonnes, quatre adolescents passent un pacte d’honneur et décident de monter leur bande : les Fight boys. Leur chef : Lamence Madzou. Pendant cinq ans, cette bande va compter près de cent membres, pour déboucher sur la constitution d’un « gang », selon les termes de son leader. Ce gang, assimilé aux Zoulous par les médias, défraye alors la chronique médiatique jusqu’à la mythique « guerre des trois ans » qui, de 1988 à 1991, voit s’affronter les bandes du nord et celles du sud pour le contrôle du centre de Paris. Dans ce témoignage exceptionnel, Lamence Madzou raconte son parcours: depuis sa découverte de Paris, de la culture des rues, du mouvement hip-hop et de la violence et de ses codes, jusqu’à sa reconversion dans le bizness – drogue, racket, trafic de voitures – puis la prison. Il revient sur son expulsion au Congo en 1997, et sa confrontation aux atrocités de la guerre civile pendant plus de deux ans. Ce livre propose un regard inédit, de l’intérieur, sur l’expérience des bandes, complété et mis en perspective par Marie-Hélène Bacqué. Alors que la question des bandes demeure toujours d’actualité, en particulier après plusieurs affrontements à Paris opposant des groupes rivaux, cet ouvrage ni complaisant ni diabolisant éclaire un phénomène social qui continue d’alimenter tous les fantasmes
Le style
Je me souviens que lors de son passage au Grand Journal de Canal +, j’avais été intrigué par la présence physique de cet invité : Tout en retenu mais qui en dégageait. C’est un peu ça le style du livre. Une forme un peu brute où on sent qu’au détour d’une phrase ça peut exploser. Récit forcément écrit à la première personne et la plupart du temps au présent (pour donner plus de punch au récit), Lamence Madzou dans son livre arrive également à nous distiller sa vérité. Je n’ai pas lu ce livre en espérant trouver du Nothomb. Et ce phrasé plus simple moins alambiqué m’a amplement suffit. Je l’ai plutôt lu dans le but de mieux comprendre ce que pouvait être le quotidien d’un chef de gang. Et à ce niveau là, il faut dire que le contrat est rempli (malgré bien sur des zones d’ombres). On se rend compte qu’un chef de gang, c’est un peu en fait comme un général ou un chef d’entreprise…
Extrait
- Un chef doit être à même d’apporter des solutions. C’est ce qu’on attend de lui. S’il n’est pas capable d’apporter des réponses, il paralyse le groupe. Son attitude est alors perçue comme de la faiblesse.
- Je leur ai toujours dit : » Vous êtes dans une espèce de glu, je comprends que dans ce monde-là vous deviez vous défendre, vous battre, parce que ça se passe comme ça, mais à coté, il ne faut pas oublier qu’il y a la réalité qui reste la même pour tous. Il faut rester le plus proche de cette realite parce que le jour où on veut sortir de la bulle, à n’importe quel moment, c’est possible de rattraper le train, de s’en sortir »
- Ne vous résignez jamais et ne laissez pas l’adversité ou quiconque vous imposer vos choix. Soyez inventifs et engagés. Ce pays est également le votre.
En savoir plus
Ce livre a été écrit conjointement avec la sociologue Marie-Helene Bacqué. Après le récit de Lamence Madzon, on peut notamment lire son essai « Voyage dans le monde des bandes ». Une étude complémentaire intéressante qui permet notamment de mieux comprendre comment ce phénomène de bande qui est né dans nos banlieues dans les années 90 perdure toujours aujourd’hui.
Mon avis
7/10
Un livre simple. Sur une réalité obscure – celle des quartiers de nos banlieues françaises.
J’ai eu un peu peur au départ en lisant les 50 premières pages. Je trouvais le début un peu complaisant avec trop de blanc, de zone d’ombres qui limite justifiait la violence. Mais en fait, non. Le récit s’améliore et on est peu à peu emporté par cette histoire. Oui, bien sur Lamence Madzou a été un dangereux délinquant : violent et prêt à tuer. Oui, bien sur des personnes venant du même milieu, on choisit des chemins plus glorieux que ceux choisi par l’auteur. Mais Lamence a fait sa peine et est sur la voie de la rédemption. Tout le monde a droit au pardon.
Et surtout ce n’est qu’une vie. Une vie parmi les 6 milliard d’autres. Une vie qui recherche la même chose que tout le monde.
La vérité pour tout le monde est identique. On veut tous son petit bout de paradis. Ou bien pour Roméo – sa Juliette, pour Paikan – sa Eléa, pour Lamence – sa Faiza…

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